Échange avec Matthieu Coulanges, créateur d'outils pour l'estampe

07/06/2021 - Entre deux impressions

Vous êtes graveur et créateur d’outils pour l’estampe depuis 2013. Pouvez-vous nous partager votre parcours ?

Je suis arrivé dans le monde de l’estampe un peu par hasard. À la base, j’étais ingénieur informatique. J’ai d’abord découvert le tournage sur bois, puis la gravure sur bois et ensuite l’estampe en général. Un jour, je me suis réalisé un outil pour me faire plaisir, mais la pointe que j’utilisais ne me convenait pas du tout. Je me suis dès lors acheté un outil du commerce qui ne me convenait pas du tout, et j’ai commencé à chercher du matériel et a réalisé des outils pour des amis, etc… tout a débuté comme ça, par des recherches personnelles et du bouche à oreille.

Votre rapport avec le bois vous suit depuis maintenant plusieurs années. Avez-vous pensé à fabriquer des outils avec un autre médium ?

J’ai toujours aimé le bois, les arbres en général, ce contact m’est précieux.
J’ai toujours eu en horreur les tables en plastique par exemple ! Donc oui, le bois est une matière très importante pour moi et je ne me vois pas travailler avec un autre médium.

Pour répondre à leurs besoins, certains professionnels de l’estampe vous suggèrent des idées pour l’optimisation de vos outils. Vous entretenez une réelle collaboration avec les artistes graveurs ?

J’ai rapidement eu des contacts dans le monde des graveurs. D’abord pour savoir si mes outils plaisaient et s’ils étaient utiles et adaptés techniquement. Ce premier contact m’a permis d’avoir une validation, ou en tout cas des retours d’expériences, c’est un gros plus ! Certains retours sont plus techniques, propres à chaque graveur.
Des artistes vont voir la gravure comme de l’artisanat avec une démarche très technique, et d’autres seront plus dans la spontanéité et l’expérimentation. J'essaye de proposer des outils pour tous.

Vous êtes vous-même graveur, cela vous permet de tester vos outils ?

Ça me permet d’avoir des idées de création surtout, je vois ce qui peut me manquer selon les réalisations que j’entreprends. C’est une première validation de par mon vécu et mes besoins sur le moment.

Vos outils ont une esthétique raffinée et élégante. Quelles sont vos inspirations ?

Au début, mes objets étaient originaux et je me suis aperçu que les formes simples et sobres étaient les plus appréciées.
Dans un souci d’ergonomie, les outils pour l’estampe ne peuvent pas avoir des formes extravagantes et originales. Je joue donc essentiellement sur des assemblages de bois pour les rendre uniques. Ensuite, c’est mon exigence personnelle qui fait le reste.

La création d’un outil vous prend approximativement combien de temps ?

Il y a énormément de petites étapes avant d’arriver à une finalité. Souvent, je fais ces étapes par série comme le collage, le perçage, le tournage, etc. La partie tournage est assez rapide au final, mais tout ce qui est autour prend beaucoup de temps. Par exemple, la partie recherche technique, la recherche des fournisseurs… Chaque outil à son temps de création.

Justement, concernant le bois, vous avez un fournisseur local, dans votre atelier dans le Nord de la France ?

Il y a des fournisseurs spécialisés tourneur sur bois en France. Mais comme je n’habite pas loin de l’Angleterre, j’allais me fournir là-bas. Maintenant avec le Brexit et le confinement ça risque d’être plus compliqué.

La clientèle de Joop Stoop plébiscite vos produits. Entre nous, est-ce que des nouveautés sont à venir pour 2021 ?

Je suis en train de retravailler la gamme des « grattoirs ». Je ne suis pas encore totalement satisfait des lames pour les gros formats, mais je suis sur le bon chemin pour la (re)proposer rapidement sur le catalogue.

Malgré le contexte général dû à la crise sanitaire, allez-vous participer à des salons, où l’on peut espérer vous rencontrer courant de l'année ?

Il y a toujours la Journée de l’Estampe Contemporaine à Saint Sulpice (Paris 6e) qui a été reportée, mais qui devrait se tenir en septembre 2021. J’y participe tous les ans. Ce qui me plaît particulièrement, c’est de pouvoir rencontrer les graveurs, conseiller les clients, mais aussi et surtout, de voir comment les graveurs réagissent en découvrant mes outils. C’est toujours des moments importants tant humainement que dans l’amélioration de mon travail.